Partager l'article ! Les pêcheurs bretons dans la tempête (Pierre Loti): "Une clameur géante sortait des choses comme un prélude d' ...
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"Une clameur géante sortait des choses comme un prélude d'apocalypse
jetant l'effroi des fins de monde. Et on y distinguait des milliers de voix : en haut, il en venait de sifflantes ou de profondes, qui semblaient presque lointaines à force d'être
immenses ; cela c'était le vent, la grande âme de ce désordre, la puissance invisible menant tout. Il faisait peur, mais il y avait d'autres bruits, plus rapprochés, plus matériels, plus
menaçants de détruire, que rendait l'eau tourmentée, grésillant comme sur des braises...
Toujours cela grossissait.
Et, malgré leur allure de fuite, la mer commençait à les couvrir, à les manger comme ils disaient : d'abord des embruns fouettant de l'arrière, puis de
l'eau à paquets, lancée avec une force à tout briser. Les lames se faisaient toujours plus hautes, plus follement hautes, et pourtant elles étaient déchiquetées à mesure, on en voyait pendre de
grands lambeaux verdâtres, qui étaient de l'eau retombante que le vent jetait partout. Il en tombait de lourdes masses sur le pont, avec un bruit claquant, et alors la Marie vibrait tout
entière comme de douleur. Maintenant on ne distinguait plus rien, à cause de toute cette bave blanche, éparpillée ; quand les rafales gémissaient plus fort, on la voyait courir en tourbillons
plus épais -comme, en été, la poussière des routes. Une grosse pluie, qui était venue, passait aussi tout en biais, presque horizontale, et ces choses ensemble sifflaient, cinglaient, blessaient
comme des lanières.
Ils restaient tous deux à la barre, attachés et se tenant ferme, vêtus de leurs cirages, qui étaient durs et luisants comme la peau des
requins ; ils les avaient bien serrés au cou, par des ficelles goudronnées, bien serrés aux poignets et aux chevilles pour ne pas laisser d'eau passer, et tout ruisselait sur eux, qui enflaient
le dos quand cela tombait plus dru, en s'arc-boutant bien pour ne pas être renversés. La peau des joues leur cuisait et ils avaient la respiration à toute minute coupée. Après chaque grande masse
d'eau tombée, ils se regardaient-en souriant à cause de tout ce sel amassé dans leurs barbes."
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